Mal de mer : comment l'éviter et le gérer quand on navigue

6 juin 2026 Par Marco Tanguy

La première fois que j'ai vu un équipier vraiment terrassé par le mal de mer, c'était au large de Quiberon, un jour de noroît bien établi. Un gaillard solide, sûr de lui au départ du port, devenu livide et incapable de tenir un cap au bout d'une heure de clapot. On a écourté la sortie. Avec quinze ans de navigation en Bretagne sud, j'ai fini par comprendre une chose : le mal de mer n'a rien d'une fatalité, et ce n'est pas une question de courage. C'est avant tout physiologique, et ça se prépare.

Voici ce qui marche vraiment, du quai jusqu'à la grosse mer, sans les recettes de grand-mère qui ne tiennent pas une demi-heure dans le Raz.

Pourquoi le mal de mer nous tombe dessus

Le principe est simple. Votre oreille interne perçoit le mouvement du bateau, mais vos yeux, eux, voient un intérieur de cabine parfaitement immobile. Ce conflit entre ce que le corps ressent et ce qu'il voit déclenche la nausée, ce que la médecine appelle le mal des transports. C'est pour ça que descendre dans le carré, lire une carte ou fixer son téléphone fait tout basculer d'un coup.

Nous ne sommes pas égaux devant ce phénomène. La fatigue, le stress, un estomac vide ou un excès la veille fragilisent. Bonne nouvelle : le fameux « pied marin » existe vraiment. Le corps s'habitue au mouvement, en général en deux à trois jours de navigation continue.

Avant d'embarquer : l'essentiel se joue à terre

La prévention compte plus que tout ce que vous tenterez une fois malade. La veille d'une sortie, dormez correctement et évitez l'alcool. Le matin, un vrai repas mais léger : des féculents, pas de friture, pas de café à outrance. Embarquer le ventre vide est une fausse bonne idée, l'estomac creux encaisse mal le mouvement.

Côté médicaments, la réglementation est souvent mal comprise. Les antihistaminiques contre le mal des transports (diménhydrinate dans le Mercalm ou le Nausicalm, diphénhydramine dans la Nautamine) ne sont plus en accès libre en pharmacie depuis le 13 octobre 2015 : ils restent disponibles sans ordonnance, mais derrière le comptoir, et le pharmacien vous les délivre avec son conseil (une mesure de l'ANSM destinée à limiter les abus). Ils sont efficaces, mais ils endorment, ce qui n'est pas anodin quand on doit tenir un quart. Le patch de scopolamine (Scopoderm), lui, se pose derrière l'oreille la veille du départ et agit environ trois jours ; il est sur ordonnance (liste I) et non remboursé dans cette indication. Quant à Cocculine et aux autres préparations homéopathiques (en comprimés à laisser fondre), leur efficacité n'est pas démontrée, et l'homéopathie n'est plus remboursée en France depuis le 1ᵉʳ janvier 2021. Le réflexe qui compte : demandez conseil à votre pharmacien, et prenez votre traitement en préventif. Une fois la nausée installée, il ne rattrape plus grand-chose.

Dernier réflexe à quai : repérez où vous vous installerez. Le centre du bateau, près de la flottaison, bouge beaucoup moins que l'avant ou l'arrière. À glisser dans votre checklist de sortie, au même titre que la météo et le plein de gasoil.

À bord : les gestes qui changent tout quand ça monte

Dès que ça remue, remontez sur le pont, au grand air. L'odeur de gasoil ou de cuisine dans le carré est un accélérateur de nausée redoutable. Et surtout, fixez l'horizon : ce point lointain et stable redonne à vos yeux l'information que votre oreille interne réclame.

Le geste le plus efficace, à mon sens : prenez la barre. Le barreur a rarement le mal de mer, parce qu'il anticipe le mouvement du bateau au lieu de le subir, et qu'il garde les yeux dehors. Confier la barre ou une tâche simple à l'équipier qui faiblit vaut souvent mieux que de le coucher.

Pour le reste : restez au centre et plutôt bas sur le bateau, buvez de l'eau par petites gorgées, grignotez un biscuit sec si le cœur vous en dit. Évitez les écrans, la lecture et les manœuvres prolongées tête en bas dans les coffres.

Les remèdes : ce qui marche, ce qui est surcoté

Le gingembre, en infusion, en gélules ou confit, a un effet réel sur les nausées légères, sans provoquer de somnolence. C'est la première option à proposer à un équipier qui ne veut pas de médicament.

Les bracelets d'acupression, censés stimuler un point du poignet, font débat : leur effet relève surtout du placebo. Ça ne coûte rien d'essayer, mais ne comptez pas dessus le jour où ça tape vraiment au près dans la baie.

Pour y voir clair, voici les principales solutions :

SolutionDélivranceÀ savoir
Antihistaminiques (Mercalm, Nausicalm, Nautamine)Sans ordonnance, derrière le comptoirEfficaces, mais provoquent de la somnolence
Patch de scopolamine (Scopoderm)Sur ordonnance (liste I), non rembourséÀ poser la veille, agit environ 3 jours
GingembreLibre (parapharmacie, épicerie)Effet réel sur les nausées légères, sans somnolence
Bracelets d'acupressionLibreEfficacité non démontrée (surtout placebo)

Deux idées reçues ont par ailleurs la vie dure. Non, s'allonger dans la cabine n'arrange rien, c'est même le meilleur moyen d'empirer. Et non, un gros repas ne « cale » pas l'estomac, il le surcharge.

Cas particuliers en Bretagne sud

Avec des enfants, le Mercalm n'est utilisable qu'à partir de 6 ans, à cause de la caféine qu'il contient ; pour les plus jeunes, demandez au pharmacien l'alternative adaptée, comme le Nausicalm en sirop. Pour un équipier que vous savez très sujet, le patch posé la veille reste la solution la plus fiable sur une traversée vers Belle-Île ou Houat.

Côté mer, choisissez votre fenêtre. Le clapot court qui se lève à l'entrée du Golfe du Morbihan quand le vent s'oppose au courant, ou la mer croisée d'un passage comme le Raz de Sein, sont autrement plus éprouvants qu'une houle longue de portant. Si l'équipage souffre vraiment, réduisez la toile pour limiter la gîte et le roulis, et n'hésitez jamais à raccourcir la sortie. Un équipier épuisé par le mal de mer devient un équipier vulnérable, et la sécurité passe avant la sortie.

Questions fréquentes

Le mal de mer finit-il par passer avec l'habitude ?

Oui, dans la grande majorité des cas. Le corps s'habitue au mouvement, généralement en deux à trois jours de navigation continue. C'est ce qu'on appelle prendre le pied marin. Les premières heures et les premiers jours sont les plus difficiles.

Faut-il manger avant de prendre la mer ?

Oui, mais léger. Un estomac vide encaisse mal le mouvement du bateau. Privilégiez des féculents, évitez les aliments gras, l'alcool et l'excès de café. Embarquer à jeun est une fausse bonne idée.

Quel médicament choisir contre le mal de mer ?

Les antihistaminiques (Mercalm, Nausicalm, Nautamine) sont efficaces mais ne sont plus en accès libre depuis le 13 octobre 2015 : on les obtient sans ordonnance, mais derrière le comptoir, sur conseil du pharmacien. Le patch de scopolamine (Scopoderm) est sur ordonnance. Demandez conseil avant le départ et prenez le traitement en préventif, pas une fois la nausée installée.

Pourquoi tenir la barre aide-t-il contre le mal de mer ?

Parce que le barreur anticipe le mouvement du bateau au lieu de le subir, et garde les yeux fixés sur l'horizon. Cette concentration et ce regard au loin réduisent le conflit sensoriel à l'origine de la nausée. C'est pour cela que le barreur est rarement malade.

Le gingembre est-il vraiment efficace ?

Le gingembre a un effet réel sur les nausées légères, sans provoquer de somnolence, contrairement aux antihistaminiques. En infusion, en gélules ou confit, c'est une bonne option de première intention, même si en grosse mer il ne remplacera pas un traitement médicamenteux.

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