Article mis à jour le 22 avril 2026. Article initialement publié avant le départ, mis à jour après le report météo qui a décalé la course au lundi 20 avril 17 h. 45 bateaux au départ final (14 solo, 31 duos).
Sur le ponton du YCF à La Trinité le dimanche matin, quand le report de 24 heures a été annoncé, on voyait les équipages encaisser. 24 heures de plus à décompresser, à vérifier encore une fois les réglages du pilote automatique, à regarder la météo évoluer et à tenter de dormir alors que le stress redescend mal. Quand le départ est finalement donné le lundi 20 avril à 17 heures, la tension accumulée ne facilite pas le début de course, mais elle a au moins permis d'éviter la pire fenêtre météo.
Cette Cap Martinique 2026, troisième édition, voit 45 bateaux prendre la route de Fort-de-France, dont 14 solitaires et 31 équipages en double. Voici les équipages qui concentrent l'attention dans chaque catégorie, avec le contexte qui pèse réellement sur leurs chances.
En solo : le duel Ozon-Kelbert sur JPK 1050
Deux noms dominent les conversations sur les pontons avant le départ : Alex Ozon et Jean-Pierre Kelbert, tous deux engagés sur JPK 1050. Le plateau solo de cette édition concentre plusieurs skippers sur ce même modèle, signe que la classe s'est imposée comme la référence du parcours.
Alexandre Ozon court sur le JPK 1050 Léon. C'est le même skipper qui avait remporté la première édition en 2022 sur un Sun Fast 3300, en établissant un temps de référence de 19 jours, 11 heures, 51 minutes et 12 secondes — un chrono comparable aux meilleurs temps observés sur la Transat AG2R, course professionnelle référente du circuit. En 2024, il avait dû abandonner en tête de flotte sur une casse de tête de mât, frustration majeure dont il revient avec une seule ambition cette fois : aller jusqu'au bout.
Jean-Pierre Kelbert est le créateur historique du chantier JPK. Il court sur son propre design, ce qui lui donne l'avantage technique de connaître chaque mécanisme. Son profil est moins spectaculaire qu'Ozon mais plus régulier. Il tire la flotte vers l'avant sur les allures portantes et ne commet pas d'erreurs tactiques grossières.
Les autres solos à surveiller sur JPK 1030 et 1050 composent un peloton dense où les écarts en temps compensé peuvent se jouer à quelques heures sur 20 jours. La régularité et la gestion humaine pèseront plus que la vitesse brute sur ce parcours rallongé.
En duo : le projet familial Vian et les outsiders
L'équipage le plus médiatisé en double est celui de Régis et Clémence Vian. Régis Vian n'est pas un inconnu du plateau : il a remporté l'édition 2024 en solo en temps compensé IRC. Il revient cette fois en double avec sa fille Clémence, dans un format qui incarne bien la dimension intergénérationnelle revendiquée par la course. Le couple père-fille s'est préparé ensemble pendant plus de dix-huit mois, avec plusieurs régates communes en Bretagne et en Méditerranée pour caler les automatismes.
Au-delà du duo Vian, plusieurs équipages mixtes et féminins composent un plateau varié :
- Des duos mixtes (homme + femme) sur Sun Fast 3300 et Pogo RC, qui exploitent bien la complémentarité des profils
- Des duos entièrement féminins engagés sur plusieurs modèles, dont la préparation et la motivation ont été remarquables
- Des duos père-fils et frère-sœur qui prolongent la dimension familiale de la course
Le format double permet une meilleure gestion du sommeil et de la prise de décision en continu, ce qui donne un avantage sur la durée totale. Les favoris en temps compensé ne sont pas nécessairement les plus rapides en temps réel.
Les bateaux qui font la différence
Sur une course d'amateurs et semi-professionnels, le bateau compte presque autant que l'équipage. Les écarts de performance entre modèles bien jaugés restent modestes, mais sur plus de 4 000 milles, quelques dixièmes de nœud se transforment en heures d'écart à l'arrivée. Les principaux modèles présents cette année :
| Modèle | Longueur | Points forts | Limite |
|---|---|---|---|
| JPK 1050 | 10,30 m | Référence polyvalente, fiabilité éprouvée | Habitabilité restreinte |
| JPK 1030 | 10,15 m | Plus léger et maniable, parfait pour solo | Moins d'espace de vie |
| Pogo 30 et Pogo RC | 9,14 à 11 m | Carène récente, vitesse au portant | Moins d'antécédents sur parcours long |
| Sun Fast 3300 et 3600 | 10,50 à 11 m | Compromis habitabilité-vitesse | Poids supérieur à la concurrence |
| Sun Fast 3200 | 9,86 m | Éprouvé, nombreuses références | Architecture datée |
La jauge IRC, gérée en France par l'UNCL et au niveau international par le RORC, corrige les écarts de potentiel entre modèles. Les coefficients TCC acceptés sur la Cap Martinique sont compris entre 0,977 et 1,081. Le classement officiel final se fera en temps compensé, pas en temps réel.
Le contexte particulier du parcours 2026
Plusieurs éléments rendent cette édition particulière et impactent directement les favoris :
Le parcours rallongé. L'ajout d'une bouée à virer à l'est du Golfe de Gascogne, au niveau de l'estuaire de la Gironde, fait passer la distance totale de 3 800 milles à plus de 4 000 milles. Le détour impose une descente vers l'est-sud-est avant la vraie traversée, ce qui ajoute du temps et peut désavantager les bateaux les moins rapides au près.
La fenêtre météo initiale difficile. Le report de 24 heures a décalé la course sur une fenêtre légèrement plus favorable, mais la première semaine de traversée reste marquée par l'instabilité printanière de l'Atlantique nord. Les équipages qui savent gérer les passages de front froid prennent l'avantage.
Une flotte légèrement réduite. Passer de 50 inscrits à 45 partants est classique sur ce type d'épreuve amateur, mais les désistements tardifs peuvent parfois toucher des favoris qui rencontrent un souci bateau ou équipage juste avant le départ.
Le premier abandon, déjà annoncé
L'organisation a confirmé en début de course le retour au port du premier concurrent : Arnaud Bracq, en solitaire sur son Sun Fast 3600 Pharmacie Humanitaire Internationale. Problèmes techniques à bord, ni le skipper ni le bateau en difficulté, retour vers La Rochelle. C'est un rappel que les 48 premières heures révèlent les faiblesses de préparation plus brutalement que toutes les régates de préparation.
Pour un plateau amateur de 45 bateaux, un taux d'abandon total de 10 à 15 % entre le départ et l'arrivée est historiquement normal. Les casses majeures (démâtage, safran, voies d'eau) restent rares mais toujours possibles sur 20 jours de mer.
Ce qui peut tout changer dans les 72 premières heures
Trois facteurs déterminants pour comprendre les premières positions du classement :
Le placement à la bouée Gironde. Arriver en tête à ce waypoint donne un avantage tactique important pour la suite vers le Cap Finisterre. Les skippers qui auront su exploiter les premiers bords en sortie de Quiberon prennent l'initiative.
La gestion des fronts dans la partie ouest. Une fois la bouée Gironde passée, la flotte traverse la zone de transition Biscaye-Finisterre où les fronts se succèdent. Bien réduire la toile au bon moment, bien lancer le bateau en sortie de front, fait gagner plusieurs heures.
Le sommeil en solo. Les skippers qui tiennent à dormir 20 à 30 minutes régulièrement prennent de l'avance sur ceux qui serrent les dents. La dette de sommeil commence le jour 2 et ne se rattrape plus jamais sur la durée de la course.
Questions fréquentes
Qui sont les favoris en solitaire sur la Cap Martinique 2026 ?
Alex Ozon (JPK 1050 Léon) et Jean-Pierre Kelbert (JPK 1050), tous deux très expérimentés sur ce type d'épreuve. Ozon détient le record 2022 en 19 jours 11 h 51 min 12 s, Kelbert est le créateur du chantier JPK.
Et en double ?
Le duo père-fille Régis et Clémence Vian concentre l'attention. Régis Vian a remporté l'édition 2024 en solo, il revient cette fois en double avec sa fille pour un projet familial très préparé.
Pourquoi les JPK dominent-ils cette course ?
Le chantier JPK propose depuis plusieurs années des bateaux polyvalents, rapides au portant et fiables sur la durée. Les JPK 1030 et 1050 cumulent vitesse et habitabilité adaptées au format double et solo amateur. Les deux dernières éditions les ont vus majoritairement sur les podiums.
Combien d'équipages féminins sur cette édition ?
Plusieurs équipages entièrement féminins sont engagés en double, avec des profils et des causes associatives variés. Le chiffre exact varie selon les désistements de dernière minute, mais la représentation féminine a progressé par rapport à 2024.
Les amateurs ont-ils une vraie chance de podium ?
Absolument. La Cap Martinique est conçue pour que la combinaison "bon bateau + préparation sérieuse" permette d'aller chercher un podium en temps compensé, même sans profil professionnel. Les deux précédentes éditions ont vu des amateurs sur le podium.
Combien de temps pour arriver à Fort-de-France ?
Entre 18 et 25 jours selon le bateau et les conditions. Le parcours 2026 rallongé (4 000+ milles) ajoute environ 1 à 2 jours par rapport à l'édition précédente. Les premiers bateaux sont attendus à Fort-de-France autour du 10 mai 2026.
Article rédigé par Toma Kerneis, rédacteur en chef de Cap Nautique. Mis à jour le 22 avril 2026 avec les faits confirmés post-départ. Voir aussi notre guide complet du départ de la Cap Martinique 2026. Sources : Cap Martinique — site officiel.
