Le trimaran UpWind de MerConcept remet à l’eau à Concarneau

7 mars 2026 6 min de lecture Par Toma Kerneis

Le 3 mars 2026, le trimaran UpWind de l’écurie MerConcept a retrouvé son élément naturel après plusieurs semaines de préparation intensive dans les ateliers de Concarneau. Cette remise à l’eau marque le début d’une nouvelle saison de course au large pour le multicoque de 32 mètres.

UpWind : un trimaran taillé pour la performance

UpWind est un trimaran Ocean Fifty (ex-Multi50), une classe de multicoques de 15,24 mètres (50 pieds) conçue pour les courses au large en solitaire ou en double. MerConcept, l’écurie fondée par le navigateur François Gabart, fait voler ces machines depuis plusieurs années sur les circuits océaniques.

Le trimaran a bénéficié de plusieurs améliorations techniques pendant son hivernage :

  • Foils affinés : les appendices ont été reprofilés pour gagner en portance à basse vitesse, un avantage décisif dans les petits airs
  • Gréement renforcé : nouveau jeu de haubans et étai en PBO, plus léger et plus résistant que le précédent
  • Électronique embarquée : mise à jour des centrales de navigation et des systèmes d’autopilote
  • Peinture anti-fouling : nouvelle application de la carène pour optimiser la glisse

Caractéristiques techniques d’un Ocean Fifty (15,24 m de large)ètres entre les flotteurs extérieurs
  • Poids : environ 6,5 tonnes à vide
  • Surface de voiles : jusqu’à 400 m² au portant
  • Vitesse maximale : 45-50 nœuds en pointe (85-95 km/h)
  • Foils : appendices en forme d’aile qui soulèvent la coque hors de l’eau dès 12-15 nœuds de vent
  • Ces bateaux sont des avions posés sur l’eau. Quand les conditions sont réunies (vent de 15 nœuds minimum, mer pas trop formée), le bateau se soulève sur ses foils et vole littéralement à 30-40 cm au-dessus des flots. La résistance de l’eau disparaît, les vitesses explosent.

    L’écurie MerConcept, fondé en 2006 par François Gabart, vainqueur du Vendée Globe 2012-2013 et détenteur de plusieurs records océaniques (tour du monde en solitaire, traversée de l’Atlantique). L’écurie s’est imposée comme l’une des structures les plus innovantes de la course au large française.

    Au-delà de la performance sportive, MerConcept développe une approche responsable de la course au large :

    • Mesures océanographiques : les bateaux embarquent des capteurs qui collectent des données sur la température, la salinité, le plancton, pour le compte de laboratoires scientifiques
    • Matériaux biosourcés : recherche sur des composites à base de fibres végétales (lin, chanvre)
    • Énergies renouvelables : panneaux solaires, hydrogénérateurs, éoliennes pour l’autonomie électrique

    Concarneau, port d’attache de la course au large

    Le choix de Concarneau n’est pas anodin. La ville finistérienne s’est imposée comme l’un des pôles majeurs de la course au large en France, aux côtés de Lorient et La Trinité-sur-Mer. Le port abrite plusieurs écuries de renom et dispose d’infrastructures techniques adaptées aux grands multicoques.

    Le chantier Multiplast, situé à proximité, assure la maintenance structurelle des coques composites. Les voiliers de MerConcept bénéficient également de l’expertise locale en matière d’électronique marine et de préparation de gréements.

    Les infrastructures de Concarneau

    • Bassin à flot : permet de travailler sur les bateaux quelle que soit la marée
    • Grues de levage : jusqu’à 100 tonnes, pour sortir et remettre à l’eau les multicoques
    • Ateliers spécialisés : composite, électronique, voilerie, mécanique
    • Proximité de la mer : accès direct aux zones d’entraînement océaniques

    Concarneau héberge également le Pôle Course au Large, qui regroupe plusieurs écuries et mutualise des moyens techniques (simulateurs, souffleries, bassins d’essai).

    Les autres écuries concarnoises

    MerConcept partage le port avec d’autres structures de renom :

    • Team Malizia (Boris Herrmann) : IMOCA de dernière génération
    • MACIF : plusieurs bateaux IMOCA et Multi50
    • Initiatives-Cœur : projet solidaire mené par le Dr Tanguy de Lamotte

    Le programme 2026 de MerConcept

    La remise à l’eau d’UpWind s’inscrit dans un calendrier chargé pour MerConcept en 2026 :

    • Avril : entraînements en Baie de Concarneau et premières sorties de qualification
    • Mai : participation aux courses du circuit Pro Sailing Tour
    • Juin : potentielle tentative de record sur un parcours atlantique
    • Automne : Transat Jacques Vabre (départ Le Havre — Fort-de-France)

    La Transat Jacques Vabre

    Course mythique créée en 1993, la Transat Jacques Vabre relie Le Havre (Normandie) à Fort-de-France (Martinique) tous les deux ans. Les équipages partent en double (solitaire interdit) et traversent l’Atlantique en suivant la route des alizés.

    Les Ocean Fifty mettent environ 10 à 12 jours pour rallier les Antilles, contre 18 à 25 jours pour les monocoques IMOCA. Le record de la classe (détenu par Actual Leader) est de 9 jours, 18 heures et 56 minutes.

    Cette course est l’événement majeur du calendrier Multi50. L’édition 2026 verra s’affronter une dizaine de trimarans dans une bataille technique et tactique de haut niveau.

    Course au large et innovation : une filière française d’excellence

    La France reste le leader mondial de la course au large. Les écuries comme MerConcept, Apivia, Charal ou Banque Populaire tirent l’innovation vers le haut, avec des retombées directes sur l’industrie nautique de plaisance.

    Les technologies développées pour les bateaux de course — foils, matériaux composites, systèmes de routage — finissent par équiper les voiliers de série quelques années plus tard. C’est ce que les professionnels du secteur appellent le « ruissellement technologique ».

    La course au large est le laboratoire de la plaisance de demain. Chaque innovation testée en compétition finit par bénéficier à l’ensemble des navigateurs.

    Des innovations qui arrivent sur nos bateaux

    Exemples de technologies nées en course et démocratisées en plaisance :

    • Foils : apparus sur les AC72 de l’America’s Cup 2013, ils équipent aujourd’hui certains catamarans de série (Diam 24, Flying Phantom)
    • Pilotes automatiques : les systèmes développés pour tenir le cap sur les IMOCA sont adaptés aux voiliers de croisière
    • Matériaux composites : le carbone, réservé à la compétition il y a 20 ans, équipe maintenant les voiliers de série haut de gamme
    • Voiles haut module : les fibres Spectra, Dyneema ou PBO se démocratisent sur les voiles de régate de série
    • Routage météo : les logiciels utilisés par les coureurs sont aujourd’hui disponibles pour tous (Predict Wind, QtVlm)

    Suivre la course au large depuis la Bretagne

    Visiter les écuries

    Plusieurs écuries bretonnes organisent des visites publiques, surtout en période d’hivernage (novembre-mars) :

    • Cité de la Voile Éric Tabarly (Lorient) : musée interactif de la course au large, simulateurs, expositions
    • Pôle Course au Large (Concarneau) : portes ouvertes occasionnelles, renseignez-vous sur leur site
    • Port de La Trinité-sur-Mer : de nombreux bateaux de course au ponton, possibilité de croiser les skippers

    Assister aux départs

    Les départs de grandes courses attirent des dizaines de milliers de spectateurs :

    • Vendée Globe (tous les 4 ans, départ des Sables-d’Olonne) : le plus médiatique, ambiance de fête populaire
    • Transat Jacques Vabre (tous les 2 ans, départ du Havre) : accessible en train depuis la Bretagne
    • Route du Rhum (tous les 4 ans, départ Saint-Malo) : départ spectaculaire dans la baie de Saint-Malo

    Suivre en ligne

    Toutes les grandes courses disposent d’un site de tracking en temps réel :

    • Cartographie interactive : position GPS des bateaux actualisée toutes les 15 minutes à 1 heure selon les courses
    • Vidéos embarquées : les skippers filment leur quotidien et envoient des reportages par satellite
    • Classements : distances parcourues, vitesse moyenne, temps estimé d’arrivée
    • Météo : cartes des conditions de vent et de mer

    Les sites référence : VendéeGlobe.org, TransatJacquesVabre.org, RouteduRhum.com

    L’avenir des Ocean Fifty

    La classe Ocean Fifty connaît un bel essor. Une dizaine de bateaux naviguent actuellement, et plusieurs projets de construction sont en cours. Le succès de la classe repose sur plusieurs atouts :

    • Spectacle : ces bateaux volants offrent un show visuel impressionnant
    • Accessibilité : un budget course plus raisonnable qu’en IMOCA (3-5 M€/an contre 8-15 M€)
    • Calendrier : plusieurs courses par an (Pro Sailing Tour, Transat Jacques Vabre, Route du Rhum)
    • Navigation en double : moins exigeante physiquement que le solitaire, permet de partager l’aventure

    La remise à l’eau d’UpWind à Concarneau en ce début de saison 2026 rappelle que la Bretagne reste le cœur battant de la voile française, entre tradition maritime et innovation de pointe.

    Rendez-vous sur les pontons de Concarneau ou sur les parcours océaniques pour voir voler ces incroyables machines.

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