Pourquoi tant de mouillages ratés en été
Chaque été, les forums nautiques regorgent de récits de mouillages ratés : une ancre qui chasse en pleine nuit, parfois un abordage avec le voisin. Dans la grande majorité des cas, l'erreur est humaine et évitable. Voici les 7 erreurs les plus courantes, et comment les éviter.
Erreur 1 : pas assez de chaîne
La règle de base : pour un mouillage par beau temps, filez une longueur de chaîne égale à 3 fois la profondeur d'eau à marée haute. Par temps incertain, passez à 5 fois. Si du vent est annoncé dans la nuit, comptez 7 fois.
Avec 5 mètres de fond et une marée de 3 mètres, vous êtes à 8 mètres à pleine mer. Il faut donc 24 mètres de chaîne minimum (3x), et 40 mètres si du vent est prévu (5x).
Beaucoup de plaisanciers filent au jugé, sans compter. L'ancre tient alors par chance, et chasse au premier renversement de vent.
Erreur 2 : ne pas vérifier la nature du fond
Votre ancre ne tient pas de la même manière sur du sable, de la vase ou de la roche. Avant de mouiller :
- Sable : idéal pour la plupart des ancres, la tenue est excellente.
- Vase molle : bonne tenue en général, mais l'ancre peut se dégager si vous tirez trop fort au moteur.
- Herbier de posidonie (surtout en Méditerranée) : aucune ancre ne tient correctement sur les feuilles, et la posidonie est une espèce protégée depuis 1988. Le mouillage y est interdit ou strictement encadré par les arrêtés du préfet maritime de la Méditerranée. Cherchez une trouée de sable ou utilisez une bouée de mouillage écologique (ZMEL). En Bretagne, le même réflexe vaut pour les herbiers de zostères : on préfère poser l'ancre sur le sable.
- Roche : à éviter, l'ancre peut se coincer. Si vous n'avez pas le choix, fixez un orin (bout de relevage) pour la récupérer.
Les cartes marines et les applis comme Navionics indiquent la nature du fond. Consultez-la avant d'engager la manœuvre, pas une fois l'ancre au fond.
Erreur 3 : mouiller trop près des autres
Quand le vent tourne, les bateaux ne pivotent pas tous en même temps ni dans le même sens (monocoque ou catamaran, quille longue ou dériveur). Si vous êtes trop près, c'est l'abordage.
Règle simple : gardez au minimum un rayon de manœuvre égal à la longueur de chaîne filée, dans toutes les directions. Si vous avez filé 30 mètres de chaîne, personne ne devrait se trouver à moins de 30 mètres de votre ancre.
Erreur 4 : ne pas crocher l'ancre
Une fois l'ancre posée et la chaîne filée, il faut s'assurer qu'elle a bien croché dans le fond. La méthode : laissez le bateau reculer sur sa chaîne (au vent ou au courant), puis mettez un coup de marche arrière pendant une dizaine de secondes. Si le bateau recule doucement puis s'arrête, l'ancre tient. Si le GPS montre que vous dérivez, c'est qu'elle chasse : relevez et recommencez.
Erreur 5 : oublier l'alarme de mouillage
Même si vous avez bien mouillé, le vent peut forcer dans la nuit. Activez l'alarme de mouillage sur votre GPS ou votre application de navigation (Navionics, OpenCPN, SailGrib). Définissez un rayon d'alerte autour de votre position : si le bateau dépasse ce cercle, l'alarme vous réveille.
Sans alarme, une dérive nocturne peut passer inaperçue plusieurs heures et conduire à un échouage ou à un abordage.
Erreur 6 : ignorer le marnage
Le marnage, c'est l'amplitude entre marée haute et marée basse, et il change tout pour le mouillage. En Manche, il peut atteindre 14 mètres dans la baie du Mont-Saint-Michel, les plus fortes marées d'Europe. En Bretagne sud et sur la façade atlantique, on reste plutôt sur 4 à 6 mètres en vives-eaux. Si vous mouillez à marée haute, vous pouvez vous retrouver échoué à marée basse ; à l'inverse, en mouillant à marée basse, vous risquez de manquer de chaîne à marée haute.
Calculez toujours la profondeur maximale (marée haute) pour déterminer la longueur de chaîne, et la profondeur minimale (marée basse) pour vérifier que la quille ne touchera pas le fond.
Erreur 7 : ne pas préparer le départ
Au petit matin, remonter l'ancre dans la précipitation, c'est le meilleur moyen de se blesser ou d'abîmer le guindeau. Préparez le départ la veille : repérez les obstacles autour, démarrez le moteur avant de relever, et avancez doucement vers l'ancre pour soulager la chaîne.
Si l'ancre est coincée, ne forcez pas au guindeau (vous risquez de le casser). Avancez au moteur dans la direction opposée à celle où la chaîne se tend : elle devrait se libérer.
