Équipe France SailGP 2026 : Delapierre, collision Auckland et retour à Rio

27 avril 2026 13 min de lecture Par Marco Tanguy

La saison 6 du SailGP, qui devait être celle de la confirmation pour l’équipe France, a basculé après quinze secondes le 14 février 2026. Sur le plan d’eau d’Auckland, en pleine troisième course de la journée, le F50 français a percuté à environ 90 km/h les Black Foils néo-zélandais qui venaient de perdre le contrôle. Bilan : deux blessés hospitalisés, deux catamarans en miettes, et une saison qui se réécrit autour de cet événement.

Ce qui suit : la chronique de l’incident, le retour à la course à Rio, la structure du projet français (DS Automobiles, Mbappé, Philippe Presti) et un pronostic actualisé pour la suite de la saison.

La collision d’Auckland (14 février 2026)

Troisième course de la journée à Auckland, vent soutenu, départ lancé. Les Black Foils, sur leur F50 baptisé Amokura, s’élancent vers la première marque à pleine vitesse. Une rafale soudaine déstabilise le bateau : la coque se soulève, le foil sous le vent perce la surface — phénomène appelé ventilation — et l’équipage perd le contrôle. Le F50 français, qui suit en trajectoire de poursuite, n’a pas le temps de manœuvrer. Impact à environ 90 km/h, quinze secondes après le start.

« Tout s’est passé tellement vite, c’est encore confus dans ma tête. J’ai juste essayé de faire de mon mieux pour éviter la collision, mais c’est arrivé trop rapidement. »
— Quentin Delapierre, barreur DS Automobiles SailGP Team France (post-collision)

Deux équipiers hospitalisés :

  • Louis Sinclair (Black Foils, grinder) : doubles fractures ouvertes des jambes, opéré en urgence.
  • Manon Audinet (France, stratège) : blessures abdominales internes, hospitalisée à Auckland.

L’enquête menée par SailGP — données télémétriques, simulateur, analyse vidéo — a conclu fin février qu’aucun défaut technique n’était en cause sur le F50 néo-zélandais. La séquence est strictement météorologique et hydrodynamique : rafale, accélération, ventilation du foil, perte de contrôle. Le jury a estimé que la France n’était pas en faute.

« Les Français n’étaient pas en faute, ou ont été jugés non fautifs par le jury, donc leur bateau est réparé en priorité, et celui des Black Foils ensuite. »
— Russell Coutts, CEO de SailGP

Conséquence concrète : le F50 des Black Foils, déclaré irréparable, a été démantelé. Les pièces récupérables ont servi à reconstruire le bateau France en priorité. Les Néo-Zélandais ont été contraints de manquer le Grand Prix de Rio (avril) et attendent un nouveau bateau commandé à SailGP Technologies à Southampton.

Le retour à la course : Rio, 11-12 avril 2026

Deux mois après Auckland, l’équipe France remonte sur l’eau au Brésil pour la première étape sud-américaine de l’histoire du championnat. Manon Audinet, encore convalescente, est remplacée pour le week-end par Liv Mackay, navigatrice néo-zélandaise expérimentée prêtée à l’équipe.

Le résultat à Rio est en demi-teinte : 8e place d’étape, dans des conditions de vent capricieux qui n’ont avantagé personne. Mais au classement général après quatre événements (Perth, Auckland, Sydney, Rio), la France maintient sa 6e place avec 23 points. Compte tenu du contexte — un bateau reconstruit, une stratège hors-jeu, un mois de blanc — c’est un retour honnête.

Le classement général après Rio :

Classement général Rolex SailGP Championship saison 2026, après 4 événements sur 13 (Perth, Auckland, Sydney, Rio). Source : sailgp.com.
Pos.ÉquipeBarreurPoints
1🇦🇺 BONDS Flying RoosTom Slingsby35
2🇬🇧 Emirates GBRDylan Fletcher28
3🇺🇸 U.S. SailGP TeamTaylor Canfield27
4🇪🇸 Los Gallos (Espagne)Diego Botín25
5🇸🇪 Artemis (Suède)Nathan Outteridge23
6🇫🇷 DS Automobiles SailGP Team FranceQuentin Delapierre23
7🇩🇰 Rockwool Racing (Danemark)Nicolai Sehested17
8🇩🇪 Germany SailGP TeamErik Heil15
9🇮🇹 Red Bull ItalyPhil Robertson15
10🇧🇷 Mubadala BrazilMartine Grael7
11🇨🇦 NorthStar CanadaGiles Scott7
12🇳🇿 Black Foils (Nouvelle-Zélande)Peter Burling2
13🇨🇭 Switzerland SailGPSébastien Schneiter1

Lecture du tableau côté France : 6e à un point de la 5e place (Artemis Suède, à égalité 23 pts mais départagée par les meilleurs résultats d’étape), 4 points derrière le top 4 (Espagne 25), 12 points derrière le leader Slingsby. La fenêtre du top 5 reste ouverte si Manon Audinet revient pleinement dans la saison et si l’équipe enchaîne au moins deux podiums sur la séquence européenne. À l’autre bout de la grille, les Black Foils sont mathématiquement compromis : sans bateau pour Rio et un nouveau F50 commandé à Southampton, Russell Coutts a publiquement évoqué l’hypothèse d’une saison déjà jouée pour les Néo-Zélandais. L’Australie de Slingsby, en confiance après sa victoire d’étape à Rio, profite du week-end difficile d’Emirates GBR pour prendre la tête.

Quentin Delapierre, le barreur français

Quentin Delapierre, né en 1992 à Vannes (Morbihan) et formé à la Cataschool de Larmor-Baden, vient du circuit olympique en multicoque. Formé en Nacra 17, il a participé aux Jeux de Tokyo 2020 (disputés en 2021, 8e place) avec sa partenaire historique Manon Audinet — celle-là même qui occupe aujourd’hui le poste de stratège dans son équipe SailGP, et qu’il a vu hospitalisée à Auckland après la collision dont il barrait le bateau qui l’a percutée. Le récit personnel est dense.

Sur F50, il a succédé à Billy Besson aux commandes de l’équipe France à l’automne 2021 (première étape comme barreur titulaire à Cadix). Depuis : trois victoires d’étape déjà au compteur (Cadix septembre 2022, Sydney février 2023, Sassnitz août 2025) et une 5e place finale au général en saison 5. Son point fort identifié par les analystes du circuit reste les départs, où il sait positionner son F50 dans le bon couloir de vent. Reste à transformer ces qualités en victoires plus fréquentes — la barre des trois succès en quatre saisons reste honnête mais en deçà de l’objectif podium général.

DS Automobiles, Mbappé et la nouvelle structure

L’équipe France SailGP est opérée par K-Challenge, structure basée à Lorient et dirigée par Stephan Kandler et Bruno Dubois — déjà connue pour son engagement dans l’America’s Cup et la Coupe du monde de voile française. DS Automobiles est sponsor titre depuis 2024 : marque, expertise aérodynamique, budget qui a stabilisé le staff technique. Kylian Mbappé est entré au capital en 2025 — au-delà du symbole médiatique, l’apport renforce la trésorerie et ouvre des passerelles marketing inhabituelles dans la voile.

Côté management, l’équipe a recruté fin 2025 Philippe Presti comme team manager. Ancien vainqueur de l’America’s Cup, multiple fois champion du circuit SailGP en tant que coach, son arrivée structure un projet qui visait jusqu’ici la régularité plus que le titre. La FFVoile a confirmé le statut Équipe de France 2026 à DS Automobiles SailGP Team France pour cette saison.

L’équipage 2026

L’équipage type aligné par DS France, hors blessures et rotations :

  • Quentin Delapierre — barreur (helmsman)
  • Manon Audinet — tacticienne (en convalescence post-Auckland, retour progressif prévu dans la saison)
  • Jason Saunders — flight controller (gestion du vol sur foils)
  • Leigh McMillan — wing trimmer (réglage de l’aile rigide), retour de l’expérimenté Néo-Zélandais annoncé en décembre 2025
  • Olivier Herlédant, Bruno Mourniac, Timothé Lapauw — trois grinders (énergie hydraulique aux winches)
  • Liv Mackay — tacticienne ponctuelle (Rio, en remplacement d’Audinet)

Réservistes : Enzo Balanger (champion du monde Moth foiling 2025) et Amélie Riou (tacticienne expérimentée). Un F50 court avec cinq à six équipiers selon les conditions, l’automatisation hydraulique par batteries lithium-ion ayant permis ces dernières saisons de réduire le nombre de grinders requis.

Les manches qui restent en 2026

Sur les treize Grand Prix de la saison, quatre sont déjà dans les livres (Perth, Auckland, Sydney, Rio). Restent neuf manches, dont quatre européennes décisives pour les bleus :

Calendrier restant saison 6 (du 9 mai au 29 novembre 2026). Les quatre étapes européennes en gras concentrent les enjeux pour l’équipe France.
DatesÉtapePaysEnjeu
9-10 maiBermudes🇧🇲 BermudesPremier rendez-vous post-Rio, plan d’eau ouvert
30-31 maiNew York🇺🇸 États-UnisHudson River, vents tournants exigeants
20-21 juinHalifax🇨🇦 CanadaAtlantique nord, conditions souvent fraîches
25-26 juilletPortsmouth🇬🇧 Royaume-UniFief d’Emirates GBR (Fletcher), plan d’eau du Solent
22-23 aoûtSassnitz🇩🇪 AllemagneRecord absolu F50 (56,1 nœuds, Rockwool 2025), Baltique technique
5-6 septembreValencia🇪🇸 EspagneBrise thermique méditerranéenne stable, plan d’eau de l’America’s Cup 2007/2010
19-20 septembreGenève🇨🇭 SuisseLac Léman, vent capricieux (bise / vaudaire), grande inconnue tactique
21-22 novembreDubaï🇦🇪 Émirats arabes unisOuverture du diptyque final
28-29 novembreAbu Dhabi — Grande Finale🇦🇪 Émirats arabes unisTop 3 saison + grande finale, format élimination directe

Pas d’étape française au programme : la dernière édition à Saint-Tropez datait de la saison 5 (12-13 septembre 2025) et n’a pas été reconduite. Les bleus joueront leur saison sur Portsmouth, Sassnitz, Valencia et Genève, plus la régularité outre-mer.

Comment suivre l’équipe France depuis la métropole

  • Streaming officiel : chaîne YouTube SailGP, intégralité des courses en direct (commentaires en anglais).
  • Télévision française : L’Équipe et beIN Sports couvrent les principales manches en français — programme communiqué environ une semaine avant chaque Grand Prix.
  • Application SailGP (iOS / Android) : suivi télémétrique en temps réel, vitesse bateau, vitesse vent, angle de gîte, position GPS de chaque F50.
  • Réseaux DS Automobiles SailGP Team France : Instagram et X pour les coulisses, vidéos d’entraînement et annonces équipage.

Pronostic actualisé pour la suite de saison

Avant Auckland, l’objectif assumé en interne était le top 3 final. La collision a recadré l’horizon : top 5 général est désormais le plancher, top 3 reste théoriquement jouable si Audinet revient en pleine forme avant l’été et si l’équipe enchaîne les podiums sur les manches européennes (Portsmouth, Sassnitz, Valencia, Genève — soit quatre événements consécutifs en deux mois).

Mon pronostic personnel, après avoir suivi le SailGP depuis la saison 1 en 2019 et plus largement le circuit voile de compétition depuis quinze ans : la France finira entre la 4e et la 6e place du général, avec un ou deux podiums de manche en Europe. Le titre reste hors de portée cette saison — il faudrait un effondrement simultané de Slingsby, Fletcher et Canfield. La saison 7 (2027), avec un équipage stabilisé et l’expérience accumulée, devient l’objectif réaliste pour viser le sacre.

Questions fréquentes

Que s’est-il passé entre la France et la Nouvelle-Zélande à Auckland ?

Le 14 février 2026, lors du 3e départ de la journée, les Black Foils ont perdu le contrôle de leur F50 suite à une rafale qui a provoqué la ventilation d’un foil. Le F50 français, en trajectoire de poursuite, n’a pas pu éviter l’impact — environ 90 km/h, quinze secondes après le start. Manon Audinet (stratège France) et Louis Sinclair (grinder NZ) ont été hospitalisés. La France n’a pas été jugée fautive par le jury.

Y a-t-il une étape française au SailGP 2026 ?

Non. La saison 6 ne comporte pas d’étape française. La dernière édition à Saint-Tropez datait de la saison 5 (12-13 septembre 2025). Les étapes européennes 2026 sont Portsmouth, Sassnitz, Valencia et Genève.

Quel est le classement actuel de l’équipe France ?

6e du classement général avec 23 points après quatre événements (Perth, Auckland, Sydney, Rio). Leader : Australia (BONDS Flying Roos, Tom Slingsby).

Quel est le rôle de Kylian Mbappé dans l’équipe France ?

Kylian Mbappé est entré au capital de l’équipe France SailGP courant 2025 comme actionnaire et ambassadeur. Il n’a pas de rôle sportif mais apporte un soutien financier et un relais médiatique inhabituel pour la voile.

Combien d’équipiers à bord d’un F50 ?

L’équipage type est de 6 (barreur, wing trimmer, flight controller, 2 grinders, stratège). Certaines équipes courent désormais à 5 grâce à l’automatisation hydraulique par batteries lithium-ion qui supprime un poste de grinder. En vent léger, des configurations à 4 sont possibles.

Où regarder l’équipe France SailGP en français ?

L’Équipe et beIN Sports diffusent les principales manches avec commentaires français. Le streaming officiel YouTube SailGP est gratuit mais en anglais. Plus de détails dans notre guide complet du calendrier 2026.



Sources principales :

Article rédigé par Marco Tanguy, skipper hauturier basé en Bretagne sud, observateur du circuit voile de compétition depuis quinze ans et du SailGP depuis ses débuts en 2019. Mise à jour du 27 avril 2026 intégrant la collision d’Auckland du 14 février et les résultats post-Rio.

Partager cet article