Cap Martinique 2026 : la flotte dans la Biscaye au 2e jour de course

22 avril 2026 10 min de lecture Par Toma Kerneis

Le lundi 20 avril 2026, à 17 heures, 45 bateaux ont quitté la baie de Quiberon pour la troisième édition de la Cap Martinique. Le départ initialement prévu le dimanche 19 avril à 15 heures avait été reporté de 24 heures par la direction de course, sur avis des météorologues Christian Dumard et Basile Ruchot, en raison de conditions jugées trop dures à la sortie de Bretagne. Le parcours a également été modifié en dernière minute : une bouée à contourner a été ajoutée à l’est du Golfe de Gascogne, au niveau de l’estuaire de la Gironde, rallongeant la course à plus de 4 000 milles nautiques.

Au matin du mardi 22 avril, environ 40 heures après la sortie de Quiberon, la flotte des 14 solitaires et 31 duos (76 marins au total) file vers le sud. Voici ce qui se joue dans les deux premiers jours de course, et comment lire les positions à ce stade et sur les 24 prochaines heures.

Un départ atypique et une flotte sous tension

La configuration de ce départ est inhabituelle. Le report de 24 heures a contraint les équipages à gérer une nuit supplémentaire à quai, avec le stress qui s’accumule et la fenêtre météo qui se resserre. Le comité de course, sous l’autorité sportive du Yacht Club de France (YCF), et la direction de course menée par François Séruzier, ont opté pour un départ séquencé toutes les 2 minutes plutôt qu’une ligne de départ unique, afin de limiter les incidents dans une flotte amateur nombreuse et hétérogène.

La bouée de la Gironde, ajoutée au tracé officiel, impose une descente vers l’est-sud-est avant d’attaquer la traversée de Biscaye. L’intention des organisateurs (Thibaut Derville et Jean-Philippe Cau) : maintenir la flotte dans des eaux mieux contrôlées pendant la phase la plus agitée de la course, plutôt que la laisser piquer directement vers l’ouest dans une mer encore formée.

Sortir de Bretagne, descendre à la bouée, attaquer la Biscaye

Pour cette édition 2026, la séquence est en trois temps dans les 48 premières heures :

  1. Phase 1 (heures 1 à 12) — Sortie de la baie de Quiberon, traversée du rail d’Ouessant sud, mise en place de la navigation. C’est là que les premiers réglages se font, que les équipages trouvent leur rythme, et que la première sieste organisée tombe souvent vers l’aube.
  2. Phase 2 (heures 12 à 24) — Descente vers la bouée de la Gironde, par vent établi d’ouest. Choix tactique important : longer la côte (moins de vent mais mer plus courte) ou tirer légèrement au large (vent plus soutenu, mer mieux formée).
  3. Phase 3 (heures 24 à 48) — Après le virage de la bouée, cap vers le Cap Finisterre espagnol. Les concurrents ouvrent enfin vers l’océan, les écarts commencent à apparaître entre les bateaux qui ont trouvé leurs trims et ceux qui souffrent encore.

C’est dans cette phase 3 que les premières avaries significatives apparaissent. Sur la Cap Martinique 2024, Alexandre Ozon, alors en tête de la flotte en solitaire, avait dû abandonner à environ 48 heures de course sur une casse de tête de mât. Il revient en 2026 sur le JPK 1050 « Léon » avec une seule ambition : aller jusqu’au bout cette fois.

Premier abandon confirmé : Arnaud Bracq

Dès les premières heures de course, l’organisation a annoncé le premier abandon de l’édition 2026 : Arnaud Bracq, engagé en solitaire sur son Sun Fast 3600 Pharmacie Humanitaire Internationale, a informé la direction de course de sa décision de rentrer en raison de problèmes techniques à bord. Ni le skipper ni le bateau ne sont en difficulté, et Arnaud Bracq fait actuellement route vers La Rochelle.

Cet abandon précoce rappelle la règle ancienne de la course au large : les 48 premières heures révèlent les petites faiblesses de préparation bien plus que toutes les semaines de mise au point au port. Un hauban mal serré, une vis qui vibre, un bout d’écoute qui prend du ragage, et c’est le retour au port.

Lire les classements en temps réel et en temps compensé

Le tracker officiel de la course affiche deux valeurs : le classement en temps réel (l’avancement géographique vers la Martinique) et le classement en temps compensé IRC, corrigé par le coefficient TCC de chaque bateau. Le TCC des concurrents de la Cap Martinique est compris entre 0,977 et 1,081, un filtre d’admission qui garantit une relative homogénéité de la flotte.

Le système IRC est géré en France par l’UNCL (Union Nationale de la Course au Large) et au niveau international par le RORC (Royal Ocean Racing Club). C’est le classement compensé qui désignera les vainqueurs à l’arrivée, pas le temps réel.

Dans les 48 premières heures, le temps réel récompense les bateaux les plus puissants (JPK 1030 et 1050, Pogo RC, Sun Fast 3300 et 3600) qui prennent de la vitesse dès les premiers bords. Le compensé reste plus indécis : un bateau plus petit mais bien mené peut se retrouver en tête du classement officiel grâce à son handicap favorable.

Le temps à battre : le record Ozon 2022

Depuis la première édition, la référence temporelle est le record établi par Alexandre Ozon en 2022 : 19 jours, 11 heures, 51 minutes et 12 secondes sur un Sun Fast 3300. Un temps comparable aux meilleurs chronos observés sur la Transat AG2R, course professionnelle référente du circuit.

Ce record est possible mais exigeant. Il suppose une descente alizéenne soutenue, pas d’escale réparation, et une gestion humaine irréprochable sur trois semaines. Vu la modification de parcours en 2026 (plus de 4 000 milles contre 3 800 précédemment), le record est techniquement intouchable cette année.

Ce qui se joue entre les favoris en solo

Le trio de favoris solo comprend Jean-Pierre Kelbert (créateur du chantier JPK, engagé sur JPK 1050) et Alex Ozon, revenu avec la frustration de l’abandon 2024 et un bateau bien préparé. À eux deux, ils concentrent l’attention médiatique et l’expérience de terrain.

Dans les 48 premières heures, leur duel se joue sur trois paramètres :

  • Le placement à la bouée Gironde : arriver bien positionné conditionne toute la suite du Golfe de Gascogne
  • La gestion des fronts : la Biscaye au printemps succession de fronts froids, le timing de prise de ris compte énormément
  • Le sommeil : en solo, la capacité à dormir 20 à 30 minutes à la fois toutes les 4 heures est ce qui sépare les skippers qui tiennent la cadence de ceux qui s’effondrent au 4e jour

Les duos à suivre

En double, 31 équipages prennent le départ. Le plus médiatisé reste le duo père-fille Régis et Clémence Vian, qui incarne la dimension intergénérationnelle revendiquée par la course. Régis Vian était le vainqueur solo en temps compensé de l’édition 2024, et il revient cette fois avec sa fille pour un projet familial que plusieurs sponsors et médias ont choisi de suivre.

D’autres duos solides s’alignent, notamment sur Pogo RC et Sun Fast 3300. Dans ce format, la capacité à alterner les quarts sans fatiguer l’équipier est souvent le facteur déterminant sur la durée totale.

Ce qui peut encore bouleverser les classements

Entre la bouée Gironde et le Cap Finisterre, les concurrents affrontent la partie la plus imprévisible du parcours. Trois événements types peuvent redistribuer les cartes à tout moment :

Un front froid actif. Le printemps en Biscaye voit passer plusieurs systèmes dépressionnaires par semaine. Un front mal anticipé, c’est une rotation de vent de 60 à 90 degrés en quelques minutes, des rafales à 35 nœuds, et une mer courte qui casse le matériel.

Une casse mineure mal gérée. Comme le rappelle l’abandon précoce d’Arnaud Bracq, un incident technique peut imposer le retour au port en quelques heures. Les skippers qui savent improviser une réparation en mer conservent leur classement, les autres abandonnent.

Un choix météo audacieux. Inversement, un skipper qui prend un pari de route justifié peut gagner plusieurs heures. Plonger tôt vers le sud, rester nord et exploiter une dépression, sont des décisions qui signent les podiums.

Suivre la course en temps réel

Pour les positions actualisées, les comptes-rendus quotidiens et les interviews en direct, le tracker officiel reste la source la plus fiable. Les résumés presse paraissent en fin de journée sur cap-martinique.com et sur Figaro Nautisme.

Pour l’ensemble des outils et canaux de suivi, voir notre guide comment suivre la Cap Martinique en direct.

Questions fréquentes

Pourquoi le départ de la Cap Martinique 2026 a-t-il été reporté ?

La direction de course a décalé le départ de 24 heures (dimanche 19 avril 15h → lundi 20 avril 17h) sur la base des analyses météorologiques de Christian Dumard et Basile Ruchot. Les conditions prévues à la sortie de Bretagne étaient jugées trop dures pour une flotte majoritairement amateur.

Pourquoi une bouée a-t-elle été ajoutée sur le parcours ?

La bouée à l’est du Golfe de Gascogne (au niveau de l’estuaire de la Gironde) a été ajoutée pour maintenir la flotte dans des eaux mieux contrôlées pendant la phase agitée de sortie. Elle rallonge le parcours à plus de 4 000 milles nautiques, contre 3 800 prévus initialement.

Combien de bateaux ont réellement pris le départ ?

45 bateaux, soit 14 solitaires et 31 duos, pour un total de 76 marins. Le premier abandon a été annoncé dans les premières heures : Arnaud Bracq sur son Sun Fast 3600 Pharmacie Humanitaire Internationale, qui a fait demi-tour vers La Rochelle sur problèmes techniques.

Quel est le temps à battre sur la Cap Martinique ?

Le record de l’épreuve est détenu par Alexandre Ozon, établi en 2022 : 19 jours, 11 heures, 51 minutes et 12 secondes sur un Sun Fast 3300. Avec le parcours 2026 rallongé à plus de 4 000 milles, ce record est techniquement hors d’atteinte cette année.

Qui organise la Cap Martinique ?

L’autorité sportive est le Yacht Club de France. Les co-organisateurs sont Thibaut Derville et Jean-Philippe Cau. La direction de course est assurée par François Séruzier, avec la cellule météo pilotée par Christian Dumard et Basile Ruchot.

Comment est calculé le classement IRC ?

Chaque bateau dispose d’un coefficient TCC (Time Correction Coefficient) qui corrige son temps réel pour produire un temps compensé. Sur la Cap Martinique 2026, le TCC des concurrents est compris entre 0,977 et 1,081. Le système IRC est géré en France par l’UNCL et au niveau international par le RORC. C’est le temps compensé qui détermine les vainqueurs officiels.


Article rédigé par Toma Kerneis, rédacteur en chef de Cap Nautique. Sources officielles : Cap Martinique — 45 bateaux s’élancent, Cap Martinique — Départ confirmé lundi 20 avril 17h, Figaro Nautisme — 45 bateaux en route.

Partager cet article