Un navigateur qui quitte Brest pour les Scilly franchit une frontière qu'aucune carte ne dessine. Vers 48°27' de latitude nord, à peu près à hauteur d'Ouessant, il sort de la zone météo dont la France a la responsabilité et entre dans celle du Royaume-Uni. Le bulletin de sécurité qu'il recevra en mer ne sera plus émis par le même pays.
Cette frontière porte un nom : c'est la limite entre la METAREA II et la METAREA I. Elle appartient à un découpage qu'on croise sans toujours le situer, et qui cohabite avec deux autres. Les noms familiers des bulletins français, Ouessant, Pazenn ou Yeu, relèvent d'un maillage différent. Savoir lequel sert à quoi, c'est savoir où chercher le bon bulletin avant de partir.
En bref
- Il existe 21 METAREA dans le monde. Ce sont de grandes zones du SMDSM, chacune confiée à un service national désigné (parfois un émetteur et un préparateur, comme la METAREA III).
- La METAREA II (service émetteur : la France) couvre l'Atlantique à l'est de 35°O, du 7e parallèle nord jusqu'à 48°27' N.
- Au-dessus de 48°27' N commence la METAREA I, émise par le Royaume-Uni. La METAREA III couvre la Méditerranée (émetteur : la Grèce).
- Ouessant, Pazenn, Yeu, Rochebonne ne sont pas des METAREA : ce sont les zones du large de Météo France. Fastnet et Shannon sont des sea areas britanniques.
- Au quotidien, on lit une zone du large. La METAREA sert à savoir qui émet le bulletin de sécurité qu'on reçoit en mer.
Trois découpages, trois usages
Le vocabulaire météo marine repose sur trois maillages qui se superposent. Chacun a sa logique et son usage propre.
Les METAREA sont le maillage international du SMDSM (Système mondial de détresse et de sécurité en mer). Vingt et une zones couvrent les océans, numérotées de I à XXI. Chacune est confiée à un service émetteur désigné dans le cadre de l'OMM (Organisation météorologique mondiale) et de l'OMI (Organisation maritime internationale), parfois deux quand l'émission et la préparation sont séparées, comme en Méditerranée. Leur granularité est énorme : une METAREA fait plusieurs milliers de milles de côté. On ne « lit » pas une METAREA comme on lit une prévision locale.
Les zones du large sont le découpage de Météo France. Ouessant, Iroise, Pazenn, Yeu, Rochebonne, Cantabrico, Finisterre, Sole : voilà les noms qu'on entend réellement dans un bulletin français. C'est un maillage régional, beaucoup plus fin, taillé pour l'usage du navigateur.
Les sea areas sont l'équivalent britannique, publié par le Met Office. Fastnet, Shannon, Lundy, Biscay appartiennent à ce maillage-là. Le nom Sole, lui, existe des deux côtés : mieux vaut le savoir.
S'il ne fallait retenir qu'une phrase : la METAREA dit qui émet, la zone du large dit ce qu'il va faire chez vous. Un bulletin ne s'adresse jamais à « la METAREA II » comme une prévision locale : il couvre des zones du large situées à l'intérieur de la METAREA II.
Les METAREA qui vous concernent
Pour un plaisancier partant de la France métropolitaine vers l'Atlantique nord-est ou la Méditerranée, trois METAREA suffisent. Leurs limites réelles, celles du référentiel WWMIWS de l'OMM :
| METAREA | Couverture | Service émetteur | Quand ça vous concerne |
|---|---|---|---|
| I | Atlantique nord-est à l'est de 35°O, de 48°27' N à 75° N, mer du Nord et Baltique comprises | Royaume-Uni | Scilly, Irlande, Manche nord, mer Celtique, Écosse |
| II | Atlantique à l'est de 35°O, du 7° N à 48°27' N (et à l'est de 20°O jusqu'à 6° S), détroit de Gibraltar compris | France | Golfe de Gascogne, Bretagne sud, Espagne, Portugal, Açores, transat |
| III | Méditerranée et mer Noire, à l'est du détroit de Gibraltar | Grèce (préparation : France) | Toute navigation méditerranéenne |
Regardez la ligne de partage : 48°27' N. C'est la latitude d'Ouessant, à une minute d'arc près. Autrement dit, la frontière entre la zone française et la zone britannique passe au ras de la pointe Bretagne. Un aller Brest-Scilly, une descente vers le Fastnet, une croisière en mer Celtique : dans les trois cas vous naviguez en METAREA I, sous responsabilité britannique.
Vers le sud en revanche, la METAREA II vous accompagne loin : le golfe de Gascogne, la péninsule ibérique, les Açores et une bonne partie d'une transat restent sous bulletin français.
Les zones du large : celles qu'on lit vraiment
Dans un bulletin Météo France, c'est ce maillage-là qui parle. Les zones utiles depuis la façade atlantique :
| Zone du large | Où | Pour quel projet |
|---|---|---|
| Ouessant | Ouest Bretagne, autour de la pointe | Sortie de Brest, passage du Fromveur, montée vers la Manche |
| Iroise | Mer d'Iroise | Molène, Sein, abords de Brest |
| Pazenn | Large sud-ouest Bretagne (45° N à 48°27' N, 6°O à 12°O) | Sortie au large depuis la Bretagne sud, route vers l'Espagne |
| Yeu | Large de la Vendée | Descente Lorient, La Rochelle |
| Rochebonne | Large des Sables-d'Olonne et de La Rochelle | Navigation Vendée, Charente-Maritime |
| Cantabrico | Sud du golfe de Gascogne, côte nord de l'Espagne | Traversée du Golfe vers Gijón, Bilbao |
| Finisterre | Nord-ouest ibérique | Descente vers le Portugal, départ transat |
| Sole | Sud-ouest approches, mer Celtique | Route vers l'Irlande. Attention : ce nom existe aussi côté britannique |
Fastnet et Shannon ne figurent pas dans ce tableau, et c'est volontaire : ce sont des sea areas du Met Office. Si votre route passe par là, le bulletin pertinent est britannique, pas français. Rien ne vous empêche de lire les deux, et c'est même conseillé en marge de zone.
Quel bulletin pour quelle traversée
Trois routes classiques depuis la Bretagne, pour rendre les choses concrètes :
| Route | Zones du large à suivre | METAREA (qui émet) |
|---|---|---|
| Brest → Scilly | Ouessant, puis Sole ; côté britannique : Fastnet, Lundy | On quitte la II (France) pour la I (Royaume-Uni) vers 48°27' N |
| Lorient → Gijón | Pazenn, puis Cantabrico | II (France) sur toute la route |
| Marseille → Baléares | Zones du large méditerranéennes | III (Grèce, préparation France) |
La leçon de la première ligne vaut pour toutes : une traversée un peu longue change de zone en cours de route. Préparez les bulletins des deux côtés de la frontière, pas seulement celui de votre port de départ.
Lire un bulletin de large
Un bulletin de large suit toujours la même structure, plus condensée qu'un bulletin côtier mais couvrant beaucoup plus d'eau :
- Situation générale : position et évolution des dépressions et anticyclones à l'échelle du bassin.
- Prévisions zone par zone : vent, mer, visibilité, phénomènes particuliers.
- Avis particuliers : les BMS (bulletins météorologiques spéciaux), avis de coup de vent et au-delà.
Concrètement, ça donne quelque chose comme : « Situation : dépression 995 hPa à 50° N 15°O se décalant vers le nord-est à 20 nœuds. Ouessant : vent d'ouest 5 à 6 localement 7, forcissant 7 à 8 en soirée, mer agitée à forte devenant forte à très forte. Pazenn : vent d'ouest 4 à 5 virant nord-ouest 5 à 6 en fin de journée, mer agitée. »
Tout l'exercice consiste à savoir où sont ces zones. C'est ce qui permet de décider si le projet tient. Pour le décodage détaillé des termes, voir notre guide de lecture des bulletins Météo France Marine.
Recevoir les bulletins en mer
Le SMDSM, créé par les amendements de 1988 à la convention SOLAS et pleinement en service depuis le 1er février 1999, organise la diffusion gratuite des informations de sécurité maritime. Trois canaux comptent pour un plaisancier.
SafetyNET et SafetyCast (satellite)
La diffusion satellite officielle des bulletins de sécurité. Longtemps assurée par le seul SafetyNET (Inmarsat), elle passe aussi, depuis fin 2020, par Iridium SafetyCast : les deux systèmes sont désormais reconnus par le SMDSM. Un terminal adapté reçoit automatiquement les bulletins de la METAREA où se trouve le bateau, sans manipulation et gratuitement pour la partie sécurité. L'équipement est obligatoire pour les navires soumis à la convention SOLAS ; sur un voilier de plaisance, il relève du choix d'armement.
NAVTEX
Diffusion texte automatique depuis les stations côtières, sur 518 kHz pour le service international (en anglais) et 490 kHz pour les services nationaux. La portée de conception du service est de l'ordre de 400 milles nautiques, ce qui couvre largement les traversées européennes. C'est l'équipement classique du voilier hauturier : simple, silencieux, il travaille tout seul.
Internet satellite grand public
À ne pas confondre avec le précédent : Starlink, ou un Iridium en usage data, servent à télécharger des GRIB ou relever ses courriels. C'est le confort standard du hauturier, mais ce n'est pas un service de sécurité certifié (le SafetyCast ci-dessus, lui, en est un). Voyez-le comme un complément : un abonnement se résilie, un satellite se perd, une antenne tombe en panne.
Retenez la hiérarchie : le bulletin officiel de sécurité d'abord, le bulletin national ensuite, les GRIB et services privés en complément. Les seconds sont souvent plus confortables à lire. Le premier est celui qui fait foi.
Les pièges classiques
Chercher un bulletin au mauvais niveau. Pour une sortie au large de Lorient, ce n'est pas « le bulletin de la METAREA II » qu'il vous faut, mais la zone du large Pazenn. La METAREA situe l'émetteur, pas la météo de votre carré d'eau.
Oublier qu'on change de zone. Vers 48°27' N, l'émetteur change. Une traversée vers l'Irlande se prépare avec les deux sources.
Lire une seule zone quand on navigue en marge. À la limite entre deux zones du large, la prévision voisine raconte souvent la moitié de l'histoire.
Ne pas regarder en amont. Une dépression atlantique traverse plusieurs zones avant d'arriver. Lire les zones situées au vent, c'est voir venir un ou deux jours à l'avance.
Étirer la validité. En mer, le bulletin de large détaille les 24 prochaines heures et donne une tendance pour les 24 suivantes. Les versions web et application vont jusqu'à 7 jours, mais avec un indice de confiance qui se dégrade vite. Sur une traversée longue, on retélécharge.
À qui ça sert vraiment
Cette culture devient utile dès qu'on dépasse les 20 milles, limite du bulletin côtier. Elle concerne surtout les candidats au permis hauturier, les plaisanciers qui préparent une première traversée, et les skippers qui naviguent au large.
Pour une pratique strictement côtière, à moins de 6 milles d'un abri, le bulletin côtier de Météo France suffit largement. Les METAREA restent alors de la culture générale, agréable mais dispensable.
Questions fréquentes
Quelle différence entre une METAREA et une zone du large ?
Une METAREA est une grande zone du dispositif international SMDSM, sous la responsabilité d'un service météo national. Une zone du large (Ouessant, Pazenn, Yeu…) est un découpage régional de Météo France, bien plus fin, utilisé dans les bulletins. La METAREA dit qui émet ; la zone du large dit le temps qu'il fera.
Combien existe-t-il de METAREA ?
Vingt et une, numérotées de I à XXI, couvrant l'ensemble des océans.
Quelle METAREA pour une traversée vers l'Irlande ou les Scilly ?
La METAREA I, émise par le Royaume-Uni. Elle commence à 48°27' N, soit la latitude d'Ouessant : dès qu'on monte au nord de la pointe Bretagne, on quitte la zone française.
Quelle METAREA couvre la façade atlantique française ?
La METAREA II, dont la France est le service émetteur. Elle couvre l'Atlantique à l'est de 35°O, du 7e parallèle nord jusqu'à 48°27' N, détroit de Gibraltar compris.
Fastnet et Shannon sont-elles des zones françaises ?
Non. Ce sont des sea areas du Met Office britannique. On les rencontre dans les bulletins du Royaume-Uni, pas dans le découpage du large de Météo France.
Les bulletins de sécurité sont-ils gratuits ?
Oui. La diffusion des informations de sécurité maritime par SafetyNET et NAVTEX est gratuite dans le cadre du SMDSM. Seul l'équipement de réception est à votre charge.
En quelle langue sont diffusés ces bulletins ?
Le service NAVTEX international (518 kHz) et la diffusion internationale par satellite utilisent l'anglais. Les services nationaux, dont ceux de Météo France sur ses canaux web et son application, sont disponibles en français.
Article rédigé par Claire Kervella, formatrice voile en Bretagne sud. Publié en juillet 2026. Limites et services émetteurs vérifiés sur le référentiel WMO/WWMIWS de l'Organisation météorologique mondiale ; zones du large et bulletins vérifiés sur Météo France Marine. Pour la lecture détaillée d'un bulletin, voir notre guide des bulletins Météo France Marine.
