Un équipier passe par-dessus la filière, dans le Golfe du Morbihan, à marée descendante. Le courant, qui atteint 9 nœuds au passage de la Jument, l'écarte du bateau plus vite que vous ne réagissez. À cet instant, deux choses comptent : avoir préparé l'équipement avant d'appareiller, et dérouler les bons gestes dans le bon ordre. Voici la procédure, recoupée avec la SNSM, la FFVoile et la Division 240 dans sa version 2026.
L'essentiel
- Alerter : crier « Homme à la mer », désigner un équipier qui ne fait QUE pointer la victime du doigt sans la quitter des yeux.
- Flotter : larguer un moyen de flottaison (bouée fer à cheval, perche IOR, life-sling) et marquer la position (bouton « MOB » du GPS).
- Revenir : Quick-Stop ou méthode en huit ; approche finale moteur débrayé, jamais l'hélice près de la personne.
- Hisser : le plus dur. Échelle, sangle, life-sling ou palan sur une drisse ; une personne épuisée et trempée ne remonte pas seule.
- Protéger : en eau froide, chaque minute compte. Manipuler la victime en douceur et ne jamais la frictionner (source : SNSM).
Mis à jour le 30 juin 2026 (vérification des consignes SNSM, du canal VHF 16, du 196 et des obligations coupe-circuit de la Division 240). Guide pratique de sécurité ; il ne remplace pas une formation à la manœuvre et aux premiers secours.
Si cela arrive maintenant : les 30 premières secondes
- Criez « Homme à la mer » (et le bord de chute si vous l'avez vu).
- Désignez un pointeur : il ne fait rien d'autre que garder la personne en vue.
- Larguez la bouée fer à cheval, la perche IOR ou le life-sling.
- Appuyez sur le bouton MOB du GPS ou du traceur.
- Ralentissez et engagez la manœuvre de retour.
- Préparez déjà le moyen de hissage.
Quand alerter le CROSS tout de suite ?
N'attendez pas la fin de la récupération pour alerter si la personne est perdue de vue, inconsciente, blessée ou en hypothermie, si la mer est formée, ou si vous doutez de pouvoir la récupérer seul. En mer, VHF canal 16 ; par téléphone, 196.
En Bretagne Sud, le danger n'est pas seulement la chute : c'est la dérive. Dans certains passages du Golfe, le courant de marée atteint 9 nœuds à la Jument, le deuxième plus fort d'Europe. Une personne dont seule la tête dépasse devient vite impossible à retrouver si personne ne la pointe en continu, et l'organisme y perd sa chaleur bien plus vite que dans l'air. La récupération se prépare donc à quai, pas au moment du drame. Le risque est réel : le SNOSAN a recensé 11 décès ou disparitions par « homme à la mer » en 2023, sur 98 en plaisance et loisirs nautiques.
Les premières secondes : alerter, faire flotter, ne pas quitter des yeux
Tout se joue dans les dix premières secondes. Trois gestes simultanés, à répartir dans l'équipage :
- Crier « Homme à la mer » pour mobiliser tout le monde à bord.
- Désigner un pointeur : un équipier dont c'est l'unique tâche, montrer la victime du doigt sans jamais la quitter du regard. Dans le clapot, une tête se perd de vue en quelques secondes.
- Larguer la flottaison : jeter la bouée fer à cheval, la perche IOR (avec son feu, bien plus visible dans les vagues) ou le life-sling. Le life-sling, lui, est une sangle flottante que l'on traîne pour encercler la personne et lui donner un point de hissage ; attention alors à ne pas laisser de bout traîner près de l'hélice.
Dans la foulée, appuyez sur le bouton « MOB » du GPS ou du traceur : il fige la position de la chute, vers laquelle vous reviendrez. Si un équipier porte une balise AIS personnelle et que le bateau dispose d'un récepteur AIS relié au traceur, l'alerte peut afficher une position actualisée de la personne, ce qui change tout quand la visibilité est mauvaise.
Le vocabulaire en clair
- MOB (Man Over Board) : le bouton du GPS qui fige la position de la chute.
- Quick-Stop : virer de bord immédiatement sans toucher aux écoutes pour rester près du point de chute.
- Méthode en huit : s'écarter à allure de travers puis revenir face au vent.
- Perche IOR : perche flottante à pavillon orange et feu, visible dans le clapot.
- Life-sling : sangle de récupération flottante, traînée pour encercler la personne et servir de point de hissage.
- AIS-MOB / PLB : balises individuelles ; l'AIS-MOB s'affiche sur les récepteurs AIS à portée VHF (bateau support, navires proches, stations côtières selon la couverture), la PLB émet vers les satellites Cospas-Sarsat (utile au large).
- CROSS Étel : le centre de sauvetage qui couvre la Bretagne Sud, joignable sur VHF 16 ou au 196.
La manœuvre de retour : Quick-Stop ou méthode en huit
Sous voiles, plusieurs manœuvres existent. Les deux plus connues en plaisance sont le Quick-Stop et la méthode en huit ; sur les grands navires, on enseigne aussi la manœuvre de Williamson. Aucune ne remplace l'entraînement sur son propre bateau, car le bon choix dépend de l'allure, du plan de voilure, de la mer et de l'équipage.
| Méthode | Principe | Quand la préférer |
|---|---|---|
| Quick-Stop | Virer de bord immédiatement sans toucher aux écoutes, le bateau ralentit et tourne autour du point de chute | Équipage réduit, voiliers modernes ; on reste près de la victime |
| Méthode en huit | Abattre, s'écarter à allure de travers, puis virer et revenir face au vent vers la victime | Plus de place, équipage entraîné ; trajectoire lisible |
Dans tous les cas, gardez le moyen de repérage du côté au vent du bateau pour ne jamais le perdre derrière la grand-voile. Pour l'approche finale, appliquez la méthode travaillée à bord : vitesse minimale, bateau maîtrisé, et récupération du côté prévu lors des exercices.
Le piège du moteur : ne démarrez pas le moteur par réflexe. Un bout peut se prendre dans l'hélice, et une hélice en rotation près d'une personne à l'eau peut la blesser gravement. Si vous devez l'utiliser pour la dernière approche, embrayez au minimum et passez au point mort dès que la personne est à proximité.
En un coup d'œil : quelle manœuvre selon la situation
| Situation | Manœuvre à privilégier | Point critique |
|---|---|---|
| Voilier, équipage réduit | Quick-Stop | Rester près du point de chute |
| Voilier, de la place et de l'entraînement | Méthode en huit | Trajectoire claire, retour face au vent |
| Bateau à moteur | Demi-tour contrôlé | Hélice au point mort à l'approche |
| Personne inconsciente | Alerte immédiate + hissage assisté | Pas d'échelle seule |
| Personne perdue de vue | Point MOB + alerte CROSS | Veille visuelle, recherche organisée |
| Seul à bord | La prévention prime | Harnais, longe, coupe-circuit, balise |
Le plus dur : remonter la personne à bord
On sous-estime presque toujours cette étape. Une personne trempée, alourdie par ses vêtements, frigorifiée et souvent en état de choc ne se hisse pas seule à bord d'un franc-bord d'un mètre. Préparez le moyen avant d'en avoir besoin :
- L'échelle de bain ou la jupe arrière, si la mer le permet et que la personne est consciente et mobile, restent le plus simple.
- Un bout à nœuds, une sangle ou un life-sling jeté à la victime lui donne un appui et un point d'accrochage pour ne pas dériver.
- Un palan ou une drisse frappée sur le harnais de la personne, puis reprise au winch, permet de la hisser quand elle ne peut plus s'aider. Un palan à fort rapport de démultiplication (4 pour 1 ou plus) rend l'effort tenable à une seule personne. C'est souvent la seule solution pour un équipier inconscient ou épuisé.
Si la personne est en hypothermie, hissez-la autant que possible à l'horizontale et manipulez-la avec douceur (nous y revenons juste après). L'objectif n'est pas la vitesse brutale, mais de la sortir de l'eau sans aggraver son état.
L'eau froide de Bretagne : la vraie course contre la montre
C'est le facteur que l'on oublie sous le soleil d'août, alors que la mer dépasse rarement 18 à 19 °C en Bretagne Sud, et reste bien plus fraîche le reste de l'année. La conductivité thermique de l'eau est environ 25 fois supérieure à celle de l'air : le corps y perd sa chaleur bien plus vite, et plus encore en eau brassée. L'hypothermie commence dès que la température corporelle passe sous 35 °C. Surtout, la littérature de référence sur la survie en eau froide (Transports Canada, TP 13822) rappelle un point contre-intuitif : le choc thermique des premières minutes tue davantage que l'hypothermie, et ses effets culminent entre 10 et 15 °C.
Le déroulé, en eau froide, suit une logique connue des sauveteurs :
- La première minute : le choc thermique provoque un réflexe de suffocation et une hyperventilation. On ne peut pas s'en empêcher, c'est physiologique, ce n'est pas de la panique. Le danger immédiat est d'inhaler de l'eau : il faut basculer sur le dos, garder la tête hors de l'eau et laisser la respiration revenir.
- Les dix à trente minutes suivantes : les mains et les bras s'engourdissent. C'est la fenêtre utile pour s'accrocher à la bouée, à l'échelle ou au bout. Après, les gestes deviennent impossibles.
- Ensuite : l'hypothermie s'installe et la conscience se dégrade. D'où l'urgence absolue de la récupération.
| Température de l'eau | Épuisement / inconscience | Survie estimée |
|---|---|---|
| 0 à 5 °C | 15 à 30 min | 30 à 90 min |
| 5 à 10 °C | 30 à 60 min | 1 à 3 h |
| 10 à 15 °C | 1 à 2 h | 1 à 6 h |
| 15 à 20 °C | 2 à 7 h | 2 h et plus |
Ces durées sont des ordres de grandeur (source : survie en eau froide, Transports Canada TP 13822) : elles varient fortement selon les vêtements, le port du gilet, la corpulence, la fatigue et l'état de la mer. Ce ne sont pas des délais d'intervention garantis : il faut récupérer la personne sans délai.
Une fois la personne à bord : en hypothermie modérée à sévère, manipulez-la avec une grande délicatesse, car le cœur refroidi est très fragile et un choc peut déclencher un trouble du rythme. Ne la frictionnez pas : cela ferait remonter d'un coup le sang froid des membres vers le cœur. On l'isole du froid et du vent, on retire les vêtements mouillés si possible, on la sèche, on la réchauffe doucement par le tronc, et on alerte les secours (source : SNSM). Voir aussi notre guide de la formation aux premiers secours en mer.
Prévention : harnais, ligne de vie et coupe-circuit
La meilleure récupération est celle qu'on n'a pas à faire. Quelques réflexes réduisent énormément le risque :
- Harnais et ligne de vie : par gros temps, de nuit ou en équipage réduit, on se longe à une ligne de vie courant le long du pont. On reste accroché, on ne se promène pas debout.
- Des chaussures de pont antidérapantes : la glissade est une cause fréquente de chute par-dessus bord. Une semelle de pont non-marquante limite le risque à la source (voir notre comparatif des chaussures bateau).
- Le coupe-circuit : la Division 240, à jour des arrêtés des 11 octobre 2024 et 21 mai 2026, impose au pilote d'un bateau à moteur hors-bord à barre franche ou déportée, et d'un VNM, de porter le coupe-circuit relié à lui dès que le moteur tourne. La même réglementation impose aussi un second coupe-circuit, accessible à bord et dont l'emplacement est connu de tous, pour qu'un équipier resté à bord puisse redémarrer le moteur et venir vous récupérer. Seul à bord, c'est vital : sans lui, le bateau continue sa route et vous laisse derrière.
- Le gilet à déclenchement automatique, porté et entretenu, maintient la tête hors de l'eau même si la personne est sonnée. Voir notre guide pour bien choisir son gilet de sauvetage.
- Rester dans le cockpit par mer formée, et prévenir avant d'aller à l'avant.
Le détail de la dotation obligatoire selon votre zone figure dans notre guide des équipements de sécurité obligatoires.
Alerter les secours : VHF 16, 196 et le message MAYDAY
Dès qu'une récupération paraît incertaine, ou que la personne est blessée, inconsciente, en hypothermie ou perdue de vue, on alerte sans attendre. En mer, la VHF sur le canal 16 reste le moyen prioritaire pour joindre le CROSS Étel et les bateaux alentour ; depuis un téléphone, le 196 joint directement le CROSS. On lance un MAYDAY si une vie est en jeu, un PAN PAN si la situation est grave sans détresse vitale immédiate.
Message MAYDAY prêt à lire (VHF 16) :
MAYDAY, MAYDAY, MAYDAY
Ici [nom du bateau, trois fois], [indicatif ou MMSI]
MAYDAY [nom du bateau]
Ma position : [latitude et longitude, ou relèvement et distance d'un point connu]
Nature de la détresse : homme à la mer
Nombre de personnes à bord : [nombre]
La personne est [visible / perdue de vue, consciente / inconsciente]
Je demande une assistance immédiate
À vous.
À ne pas faire : perdre la victime de vue ; sauter à l'eau pour la rejoindre (sauf cas extrême et équipage suffisant) ; approcher hélice en rotation ; compter sur une personne épuisée pour remonter seule ; frictionner une personne en hypothermie ; retarder l'alerte quand la récupération est incertaine.
Questions fréquentes
Quelle est la première chose à faire si quelqu'un tombe à l'eau ?
Crier « Homme à la mer » pour alerter l'équipage, puis désigner aussitôt une personne dont l'unique rôle est de pointer la victime du doigt sans la quitter des yeux. En parallèle, on largue la bouée ou la perche IOR et on appuie sur le bouton MOB du GPS pour figer la position.
Que signifie MOB en navigation ?
MOB veut dire « Man Over Board », soit « homme à la mer ». Sur un GPS ou un traceur, la touche MOB enregistre la position exacte de la chute pour aider le bateau à revenir vers ce point.
Quick-Stop ou méthode en huit ?
Le Quick-Stop (virer de bord sans toucher aux voiles pour rester près du point de chute) est adapté aux équipages réduits et aux voiliers modernes. La méthode en huit, qui consiste à s'écarter puis revenir face au vent, demande plus de place et d'entraînement. Dans les deux cas, on garde le moyen de repérage du côté au vent pour ne pas le perdre de vue.
Faut-il démarrer le moteur pour récupérer un homme à la mer ?
Pas par réflexe. Un bout peut se prendre dans l'hélice et une hélice en rotation peut blesser la personne. Si le moteur est nécessaire pour la dernière approche, on embraye au minimum et on passe au point mort dès que la victime est à proximité.
Combien de temps survit-on dans l'eau froide ?
Cela dépend surtout de la température. En Bretagne Sud, où la mer va d'environ 11 °C l'hiver à 18-19 °C en août, on dispose de quelques minutes avant que le choc thermique ne domine, puis d'une dizaine à une trentaine de minutes de gestes utiles avant que les muscles ne lâchent. Le choc thermique des premières minutes est le danger le plus sous-estimé (source : Transports Canada, TP 13822).
Pourquoi ne faut-il pas frictionner une personne en hypothermie ?
Parce que cela fait remonter brutalement le sang froid des membres vers le cœur, déjà fragilisé par le froid, ce qui peut être fatal. On manipule la victime en douceur, on l'isole du froid, on la sèche et on la réchauffe progressivement par le tronc, sans friction (source : SNSM).
Que faire si on n'a ni perche IOR ni balise AIS ?
On jette immédiatement tout ce qui flotte et reste visible (bouée fer à cheval, coussin de cockpit, fenders), on désigne un pointeur, on appuie sur le bouton MOB du GPS, et on revient en Quick-Stop. Un objet flottant à hauteur d'eau donne déjà un repère précieux pour ne pas perdre la zone.
Que faire si on est seul à bord ?
En solitaire, la prévention prime, car personne ne pourra manœuvrer si vous tombez : harnais et longe en permanence, coupe-circuit porté sur un bateau à moteur (obligatoire depuis 2024 pour les hors-bord à barre et les VNM), et gilet à déclenchement automatique. Sans coupe-circuit, le bateau poursuit sa route et vous laisse derrière.
Que faire si la personne est perdue de vue ?
Conservez le point MOB (la position de la chute), alertez le CROSS sans attendre en donnant l'heure et la position, et placez un équipier en veille visuelle permanente autour de la dernière position connue. On organise la recherche depuis ce point, on ne part pas au hasard.
Comment remonter une personne inconsciente ?
Une échelle ne suffit pas. Il faut la hisser avec une sangle, un life-sling ou une drisse frappée sur son harnais et reprise au winch, en la maintenant autant que possible à l'horizontale. Si la récupération paraît impossible seule, on garde le contact, on la maintient à flot le long du bord et on alerte le CROSS en priorité.
AIS-MOB ou PLB : quelle différence ?
Une balise AIS-MOB affiche la position de la personne sur les récepteurs AIS à portée VHF, surtout le bateau support et les navires proches : idéale en navigation côtière. Une PLB (406 MHz) émet vers les satellites Cospas-Sarsat, plus adaptée au large lorsque aucun navire proche ne peut recevoir l'AIS.
Checklist : 6 réflexes à retenir
- Alerter, faire flotter (bouée ou perche IOR), marquer la position (MOB), désigner un pointeur.
- Revenir en Quick-Stop ou en huit, repère au vent ; approche finale moteur débrayé.
- Préparer le moyen de hissage : le retour à bord est l'étape la plus difficile.
- L'eau froide tue vite : récupération au plus vite, manipulation douce, ne jamais frictionner.
- Prévenir avant tout : harnais, ligne de vie, coupe-circuit, gilet automatique.
- En cas de doute, alerter le CROSS Étel (VHF 16 ou 196) sans attendre, message MAYDAY si une vie est en jeu.
Sources et références
- SNSM : prévenir et soigner l'hypothermie en mer ; ne pas frictionner la victime.
- FFVoile : guide Sécurimar (manœuvre de récupération, perche IOR).
- Transports Canada, TP 13822 : survie en eau froide (choc thermique, durées indicatives).
- SNOSAN : accidentologie plaisance et loisirs nautiques, bilan 2023.
- Légifrance : Division 240 (coupe-circuit), arrêté du 11 octobre 2024, modifié le 21 mai 2026. Sources consultées le 30 juin 2026.
